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02/01/2017

Objets connectés et applications de santé : quelle efficacité ?

 Emission « votre santé m’intéresse » par Alain Ducardonnet, sur BFM Business http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/e-sante-le...

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 Alain Ducardonnet : « -Et nous parlons e-santé, la santé n’échappe pas aux objets connectés et aux applications, vous savez le nombre de pas dans une journée, les balances connectées, la qualité du sommeil et bien bon nombre d’informations qui peuvent d’ailleurs être utiles dans le domaine de la prévention ou le suivi des maladies chroniques. Mais ces matériels sont-ils validés, sont-ils contrôlés ? Ces objets connectés sont-ils une mode ? Des experts de l’INSERM ont voulu savoir et se sont penchés sur leur évaluation. Des études coordonnées par notre invité, docteur Guy Fagherrazzi, vous êtes épidémiologiste donc vous travaillez dans le centre de recherche épidémiologie et santé des populations et vous êtes dans une unité INSERM à Villejuif. L’INSERM a récemment organisé un grand congrès international, e-Health research, pour justement essayer de cerner un peu ces paramètres. Premier élément : c’est quoi l’e-santé ? Est-ce qu’on peut le définir ?

Docteur Fagherazzi : Bien sûr. Alors l’e-santé, c’est tout ce qui regroupe l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, les TIC, à des fins de santé. Effectivement, vous l’avez souligné, cela peut être utilisé pour de la prévention mais aussi pour du suivi des maladies et par exemple un retour de personnes après une hospitalisation à la maison. On a tout le champ de la santé où les nouvelles technologies peuvent intervenir.

Alain Ducardonnet : quels sont les objets connectés qui sont le plus utilisés à l’heure actuelle ?

Docteur GF : Quand on parle d’objet connecté on parle classiquement de balance connectée pour suivre son poids avec une application sur son smartphone. Il y a aussi des tensiomètres, des bracelets connectés ou des montres connectées, tout cela c’est la e-santé

AD : Alors quand on dit «connecté » ça veut dire qu’en fait un paramètre est récupéré et stocké

GF : L’avantage de ces objets connectés c’est de pouvoir collecter de l’information en continu et de manière passive, par exemple pour les montres connectées et de manière continue on va avoir l’information sur le nombre de pas, la distance parcourue ou bien des informations sur le sommeil.

AD : Alors tous ces matériels que vous connaissez bien, que vous utilisez très probablement, ne serait-ce que votre smartphone en effet, est ce que tout est validé et contrôlé ? Est-ce que c’est les mêmes protocoles pour tous les matériels qui sont en vente ?

Docteur GF : Alors il faut dissocier deux choses : tout ce qui concerne le bien-être comme les applications, les montres ou les bracelets connectés, ça c’est du domaine du bien-être et c’est beaucoup moins contrôlé que ce qu’on appelle les dispositifs médicaux. Là il y a une vraie réglementation européenne. Donc il faut distinguer les deux.

AD : Alors justement pour les objets de bien-être comme vous dîtes, il y a un marquage CE, il y a une labélisation ?

GF : Alors il peut y en avoir mais ça n’est pas nécessaire              , par contre ce qui est très important pour nous en tant que scientifiques, c’est d’intégrer ces objets connectés et les valider dans nos populations. En tant qu’épidémiologistes nous on a besoin d’avoir des études de référence sur la capacité de prédiction, la validité des données de ces objets connectés. C’est pour ça qu’on essaie de les valider systématiquement dans nos études.

AD : Alors justement vous parlez de population, cela s’adresse à qui en fait ?

GF : Alors moi par exemple je m’occupe d’une étude qui s’appelle E4N et on suit des familles, trois générations de familles sur de nombreuses années. Et donc on va identifier grâce à ces études de population des facteurs de risques de pathologies chroniques, des comportements à risque. Voià pourquoi l’utilisation des objets connectés va être un vrai atout pour nous.

AD : Donc ça c’est plutôt pour de la recherche, mais est ce qu’on peut considérer quand on compte par exemple son nombre de pas tous les jours, ça aussi c’est une démarche santé, c’est une démarche bien être ou c’est une démarche peut-être médicale ?

Docteur GF : Alors ça peut avoir des bienfaits pour la santé des gens effectivement et on se place là dans le cadre de prévention primaire pour des gens qui ont pas de pathologie particulière et qui veulent suivre ou bien changer leur mode de vie, leur comportement, pour diminuer le risque par exemple d’avoir un diabète dans les années à venir.

AD : Est-ce qu’en fin de compte vous l’avez vraiment gardé ? Est-ce que c’est un effet de mode en quelque sorte ? Est-ce qu’on a déjà un petit peu une idée de ce qui se passe ?

GF : Alors c’est pour ça que nous on va commencer ces études sur les objets connectés parce qu’il faut faire très attention à l’effet gadget. Et c’est une vraie question pour nous, parce qu’en tant qu’épidémiologiste, on veut recueillir le maximum de données sur la plus longue période possible. C’est pour ça qu’on va faire des études de validation, on va essayer d’identifier un peu les bons et les mauvais utilisateurs d’objets connectés, essayer de dresser des « cartes d’identité » en quelque sorte, des bons utilisateurs, pour savoir dans quel contexte, et ça c’est très important pour nous, on peut utiliser tel ou tel objet connecté.

AD : Alors quand on parle objet connecté il y a aussi bien sûr une question qui se pose tout de suite c’est que l’on a beaucoup d’informations mais j’imagine que si vous collectez toutes ces informations, comment est ce qu’on gère les données ? Alors on parle de Big Data, c’est très élégant. Quelles sont les règles aujourd’hui pour gérer toutes ces données ?

GF : Alors ce qui est déjà très important c’est la sécurité des données. Nous on garantit la sécurité des données qui sont collectées qui nous arrivent de tous les moyens : objets connectés, questionnaires, informations des dossiers médicaux…donc ça c’est la première chose. Ensuite, c’est la pertinence des données. Le Big Data c’est un gros volume de données, mais un gros volume ne veut pas dire que toute l’information est pertinente. Donc là le gros travail des années à venir c’est de pouvoir identifier et extraire l’information pertinente de ces gros volumes de données pour en faire des messages de santé publique, pour en faire de l’épidémiologie, identifier des facteurs de risque ou des comportements à risque.

AD : Donc vous voulez dire que non seulement on va avoir des données collectées par vous mais vous allez renvoyer l’information ?

Docteur GF : On parle aujourd’hui de médecine participative ; la personne va être au cœur de la recherche et ça c’est un vrai changement par rapport à l’épidémiologie traditionnelle, c’est qu’on va pouvoir grâce aux nouvelles technologies faire un retour d’information quasiment instantané pour aider les personnes à adapter ou à modifier leur comportement vers une meilleure santé.

AD : Voilà vous vous en servez, vous voyez, ces données vont servir à quelque chose. Guy Fagherazzi, merci beaucoup

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